
Publication originale
La publication d’origine fait foi.
Quel 25 juillet voulons-nous ?
Le 25 juillet est le jour où les générations de l’après-indépendance ont pris l’habitude de célébrer la fête de la République… Cinquante-neuf ans se sont écoulés aujourd’hui depuis la proclamation de la première République et l’entrée de la Tunisie dans une ère nouvelle, celle de l’ancrage du principe de souveraineté nationale, de l’enracinement du choix de la citoyenneté et de la construction de l’État national moderne…
Mais depuis trois ans, le 25 juillet est aussi devenu un douloureux anniversaire, celui de l’assassinat du martyr Mohamed Brahmi : un assassinat lâche et ignoble, dont fut victime l’un des enfants de la première République et l’un des principaux acteurs de la construction de la deuxième. Un assassinat qui a plongé sa famille et les Tunisiens dans une douleur et une tristesse profondes, et qui a frappé le parachèvement de l’édifice républicain d’un choc et d’un ébranlement, par la portée symbolique de la date, le 25 juillet, et de la qualité de la victime, membre de l’Assemblée constituante. Un assassinat qui a failli provoquer une grave régression et précipiter le pays dans l’inconnu du chaos, du vide du pouvoir et du règne de la rue.
Le 25 juillet est par excellence le jour où s’incarne le paradoxe tunisien : un pays déchiré entre deux états, deux conceptions, deux regards. Voir le verre à moitié plein ou à moitié vide… regarder du côté de la joie et de la naissance du 25 juillet 1957 ou du côté du deuil et de la tristesse du 25 juillet 2013… Oui, c’est la Tunisie déchirée et égarée… la Tunisie qui ne sait si elle doit célébrer ou pleurer… la Tunisie dont le monde reconnaît et récompense le modèle qu’elle a fondé et qui l’a distinguée, ou la Tunisie où le citoyen ploie sous le poids des difficultés économiques, sociales et sécuritaires… la Tunisie qui a rédigé une Constitution consensuelle et moderne, ou la Tunisie qui vit un blocage politique que certains imputent à cette même Constitution… la Tunisie qui a accompli une révolution et choisi la liberté, la dignité et la citoyenneté, ou la Tunisie que certains veulent faire revenir en arrière… Voilà ce qu’est le 25 juillet : une date dont l’éclat ne s’est pas terni… une date qui nous interpelle, remue ce qui sommeille en nous et nous rappelle que nous sommes tous à un carrefour réel et décisif. Quelle Tunisie voulons-nous ? La Tunisie de la mort ou la Tunisie de la vie… la Tunisie de la haine et de la vengeance ou la Tunisie du pardon et de la réconciliation… la Tunisie de l’impuissance et de la paresse ou la Tunisie de la volonté et du travail… la Tunisie de la corruption ou la Tunisie des mains propres… la Tunisie de la stérilité et de la médiocrité ou la Tunisie féconde, qui continue d’enfanter des talents, des esprits brillants et des élites… la Tunisie du terrorisme aveugle et de ceux qui se sont dépouillés de leur humanité ou la Tunisie du sacrifice et des soldats valeureux…
À chaque Tunisien attaché à cette patrie, confiant dans la victoire inéluctable des penchants au bien chez l’homme et dans le triomphe de la volonté de vivre chez les peuples (« Si un jour le peuple veut la vie ») : nous avons, sur notre terre de Tunisie, de quoi œuvrer… Ne laissez pas le désespoir gagner les cœurs… Ne renoncez pas à cette belle chose qui s’appelle la Tunisie… Faites du 25 juillet 1957 l’anniversaire de la première naissance (la République) et celui d’une seconde naissance, non celui d’une mort (« Nous mourrons, nous mourrons, pour que vive la patrie »)…
Que Dieu protège la Tunisie et ait en Sa miséricorde son fidèle martyr Mohamed Brahmi, ainsi que tous ceux qui ont abreuvé de leur sang la terre de la patrie.
Mondher Zenaidi, le 25 juillet 2016